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Dette technique : pourquoi vous ne devriez pas faire de refonte

20/12/2023, ~16 minutes de lecture

Dans ma récente exploration de la gestion de la dette technique, j’ai partagé une perspective proactive que j’ai baptisée l’effort supplémentaire. Cette approche vise à prévenir la dégradation de la base de code en maintenant une vigilance constante. Cependant, elle ne s’attaque pas aux problèmes existants, au code déjà en ruine.

Au fil des années, travailler sur un projet unique m’a exposé à de nombreuses requêtes de refontes, souvent étiquetées comme “dette technique”. Certains termes, tels que “refonte” et “refactoring”, déclenchent chez moi une alerte immédiate. En tant que développeur, j’ai non seulement souvent formulé ces demandes, mais je les ai aussi dirigées.

La refonte, malgré son aspect intimidant, est un outil essentiel pour le développement et la pérennité d’un projet de qualité. Prenons un exemple : consacrer deux mois à refondre la structure du code, puis un mois à développer une nouvelle fonctionnalité, est souvent plus bénéfique que de passer trois mois sur la fonctionnalité seule, en luttant contre les limitations existantes. Un tel investissement de temps permet non seulement d’aboutir à un meilleur produit, mais aussi d’enrichir l’ensemble du travail.

Alors, pourquoi les refontes m’apparaissent-elles si préoccupantes ? Le problème réside souvent dans les motivations à leur origine – elles sont parfois proposées pour de mauvaises raisons, et réussir une refonte, en particulier avec le niveau de succès escompté, est un défi ardu.

J’ai assisté à de nombreuses refontes échouées qui, dans le meilleur des cas, ont coûté des mois, voire des années de travail à leurs entreprises. Plus préoccupant encore, dans des situations où les ressources financières étaient limitées, le temps et les efforts consacrés à ces refontes se sont faits au détriment des impératifs commerciaux, conduisant parfois les entreprises vers une issue fatale.

Une des principales raisons menant à une refonte est souvent la difficulté ressentie par certains développeurs à déchiffrer le code existant écrit par d’autres. Ce défi ne signifie pas forcément que le code est défectueux ou obsolète ; il peut simplement indiquer que le code est rédigé dans un style ou une méthode peu familière pour le développeur concerné.

Les demandes de refonte émanent fréquemment de développeurs récemment intégrés à l’entreprise ou à un projet spécifique. Pour eux, la refonte est un moyen de se familiariser avec un environnement de code inconnu, un moyen de reprendre le contrôle dans un contexte incertain.

Ayant moi-même été dans cette situation, j’ai dirigé plusieurs refontes, car réécrire le code m’a aidé à comprendre ses mécanismes et à en reprendre le contrôle.

J’aime comparer un projet de développement logiciel à une maison. La version initiale, sans dette technique, est comparable à une maison neuve, livrée par le constructeur. Avec le temps, tout comme une maison évolue sous l’influence de ses occupants successifs, un projet informatique se transforme au gré des interventions des différents développeurs. Chaque modification, qu’elle soit mineure ou majeure, s’écarte progressivement de la conception initiale, ajoutant des couches de complexité.

Se lancer dans une refonte sans une compréhension approfondie du fonctionnement actuel et des raisons sous-jacentes des choix précédents peut mener à ignorer des problèmes fondamentaux ou à en créer de nouveaux. Ce phénomène est semblable à une maison qui subit des réparations successives, chacune traitant un problème immédiat sans tenir compte de l’architecture globale.

L’accumulation de correctifs isolés, sans une vision d’ensemble cohérente, conduit souvent les développeurs à percevoir ces modifications comme de la dette technique, appelant une refonte apparemment inévitable. Le danger réside dans le développement d’une nouvelle version qui néglige les ajustements précédents, essentiels au fonctionnement du système. Ainsi, lorsque la refonte est mise en place, des problèmes réapparaissent, nécessitant des correctifs qui, à leur tour, introduisent de la dette technique dans un projet tout neuf.

Cet écueil s’est manifesté chez lePERMISLIBRE lors de la refonte de notre module d’entraînement au code de la route. Ce module avait évolué pendant cinq ans, recevant des correctifs pour s’adapter aux évolutions des navigateurs web, surtout sur mobile. Quand la nouvelle version a été lancée, de nombreux ajustements critiques, perçus à tort comme du code incompréhensible et inutile, avaient été omis. Leur absence a été rapidement ressentie, nous forçant à réintégrer ces correctifs dans la nouvelle structure, créant ainsi involontairement de la dette technique pour les futurs développeurs.

La refonte technique est souvent perçue comme une baguette magique pour transformer du code vieillissant en une solution parfaite. Cependant, cette vision idéaliste sous-estime la complexité du développement d’un projet. Lors d’une refonte, nous espérons que les problèmes existants disparaîtront comme par magie. Mais en réalité, le processus de développement est jalonné d’obstacles imprévus et de décisions difficiles, souvent prises dans des situations inattendues ou face à des défis difficilement surmontables.

Ces décisions prises en cours de route peuvent complexifier excessivement le projet. Parfois, cette complexité s’avère si grande que le nouveau code est considéré comme de la dette technique dès son lancement.

Nous avons vécu cette réalité en redéveloppant l’une des applications de lePERMISLIBRE. L’objectif était d’améliorer l’expérience utilisateur (UX) et l’interface utilisateur (UI), avec une refonte significative de certaines fonctionnalités clés et de leur architecture technique. Déjà ambitieux, ce projet a été complexifié par notre décision d’intégrer de nouvelles technologies pour résoudre certaines lacunes sans nécessité immédiate. La gestion de ces objectifs multiples nous a détournés des enjeux principaux liés au produit. Nous n’avons pas pu maîtriser entièrement les nouvelles technologies, menant à des implémentations insuffisantes et des décisions inappropriées, et finalement à la création de nouvelle dette technique.

Cette expérience soulève une question fondamentale : la nouvelle dette technique créée lors d’une refonte est-elle réellement préférable à l’ancienne ? Les ressources et les efforts investis dans la refonte valaient-ils la peine, étant donné les problèmes supplémentaires générés ? Cette interrogation souligne l’importance d’une approche équilibrée et réfléchie dans la gestion des projets de refonte, où les décisions sont prises en tenant compte non seulement des objectifs immédiats, mais aussi des implications à long terme.

La décision d’entreprendre une refonte technique porte une responsabilité considérable, souvent sous-estimée. Si la refonte est inutile ou qu’elle échoue, le temps investi représente une perte conséquente qui peut avoir des répercussions majeures sur l’entreprise.

Dans les petites structures, une refonte peut mobiliser une part significative de l’équipe de développement. Ce choix est compréhensible : l’objectif est de terminer le projet rapidement. Cependant, continuer à développer sur une base de code qui sera bientôt obsolète n’est généralement pas judicieux, sauf pour des correctifs urgents. Quant aux nouvelles fonctionnalités, il est souvent préférable d’attendre la mise en place de la nouvelle version pour éviter un travail redondant.

Cette concentration des ressources sur la refonte signifie moins de nouveautés développées en parallèle. Selon le secteur d’activité et la position sur le marché, cela peut entrainer des conséquences notables :

Dans les deux cas, une telle situation peut ralentir significativement la croissance de l’entreprise. Un retard dans le projet de refonte peut même menacer la survie de l’entreprise, affectant la trésorerie ou permettant à la concurrence de prendre de l’avance.

Le terme “refonte” est souvent employé sans considération suffisante pour la vision initiale du projet, l’historique des développements et leur impact sur les opérations commerciales. Cette approche peut sembler confortable, mais les risques associés sont souvent disproportionnés par rapport aux bénéfices attendus.

Et pourtant, ne pas faire évoluer une stack technique est tout aussi risqué. Les conséquences de l’inaction sont multiples : difficulté à maintenir ou à améliorer une technologie obsolète, augmentation du turnover dans l’équipe de développement, difficultés de recrutement… Ces facteurs peuvent également entraîner un ralentissement de la croissance.

Il est donc essentiel de trouver un équilibre délicat. D’un côté, une refonte technique risquée peut mobiliser des ressources précieuses et freiner l’innovation. De l’autre, ignorer la nécessité d’évoluer technologiquement peut compromettre la compétitivité et l’efficacité à long terme. Les entreprises doivent évaluer soigneusement le moment et l’ampleur des refontes, en les alignant stratégiquement avec leurs objectifs commerciaux et technologiques.

Dans le cadre du développement logiciel, la gestion du changement est une tâche délicate. Face à la nécessité d’évoluer tout en maîtrisant les risques et en optimisant le rapport coût-bénéfice, je privilégie souvent les termes évolution ou migration plutôt que refonte. Ces termes sont plus souples, moins restrictifs, et ouvrent la voie à une approche plus mesurée et ciblée du projet.

Le choix des mots est crucial. Évolution et migration suggèrent un processus graduel et réfléchi, contrairement à refonte, qui implique souvent une transformation radicale. Cette nuance linguistique n’est pas anodine ; elle favorise une démarche plus prudente, permettant de limiter le périmètre d’action et de mieux préparer techniquement le projet.

Bien sûr, le terme refonte peut être pertinent, mais seulement lorsqu’il est appliqué à un périmètre bien défini et maîtrisé, afin de limiter les risques en cas d’éventuels problèmes.

La réussite d’une évolution technique n’est pas le fruit du hasard. Elle nécessite une approche stratégique rigoureuse, fondée sur des principes clairs.

  1. Diagnostic Honnête : La première étape consiste à identifier tous les problèmes existants et à comprendre pourquoi ils sont problématiques. J’apprécie l’approche de Will Larson dans Solving the Engineering Strategy crisis, qui recommande de commencer par un diagnostic franc de la situation. Cette méthode est applicable à la majorité des situations problématiques.
  2. Compréhension Historique : Après le diagnostic, il est crucial de se pencher sur l’historique du projet. Comprendre les décisions passées et les problèmes rencontrés enrichit l’analyse de la situation actuelle et aide à éviter de répéter les erreurs passées.

Le processus d’évolution implique de naviguer entre trois dimensions temporelles :

Construire l’avenir implique de combiner les leçons du passé avec les besoins actuels. Comme je l’ai mentionné dans d’autres écrits, adopter une vision à long terme est essentiel pour moi. Cela fournit une direction claire et un objectif à atteindre. Une fois cet idéal défini, l’essentiel du travail consiste à élaborer une stratégie qui permettra de le concrétiser.

L’idée d’une refonte complète, une sorte de redémarrage magique de zéro, est une vision à laquelle je ne souscris pas. Cette approche ignore la réalité du business qui ne peut se permettre une stagnation prolongée. Dans un environnement compétitif, ne pas progresser équivaut à régresser.

Je suis convaincu que la méthode des petites itérations successives est bien plus efficace. Pour réaliser une vision cible ambitieuse, il est judicieux de la décomposer en plusieurs projets distincts, chacun avec un objectif spécifique, qu’il soit algorithmique, architectural ou organisationnel. Cette stratégie permet de prioriser et d’ordonnancer ces projets de manière optimale.

En adoptant cette approche itérative, les risques d’échec sont considérablement réduits. En cas de contretemps, l’impact se limite à un seul aspect du plan global plutôt qu’à l’ensemble du projet. De plus, les durées réduites de chaque projet permettent une plus grande flexibilité pour intégrer des priorités qui émergent en cours de route.

Il est vrai que cette méthode peut allonger le temps total consacré à l’évolution du projet. Toutefois, j’estime qu’il vaut mieux réussir en deux ans qu’échouer en six mois. Cette approche itérative souligne l’importance d’une vision à long terme. L’essentiel n’est pas de savoir si l’on atteint l’objectif en avance ou en retard, mais de s’assurer que l’on travaille toujours sur l’élément le plus critique à un moment donné.

Une fois la vision globale établie et les différents projets identifiés, la prochaine étape est de déterminer comment les mettre en œuvre opérationnellement. Cette décision est cruciale pour compléter la stratégie globale.

La gestion d’une refonte technique est complexe, nécessitant une stratégie équilibrée pour optimiser l’utilisation des ressources sans entraver les opérations courantes de l’entreprise.

À ce stade, plusieurs options s’offrent à nous. Chacune présente ses avantages et ses défis, mais toutes partagent un objectif commun : progresser de manière structurée et réfléchie vers la réalisation de notre vision à long terme.

Une approche consiste à impliquer la majorité de l’équipe dans le projet de refonte. Bien que cette méthode puisse accélérer le processus, elle présente le risque de négliger d’autres projets importants. Une telle stratégie est viable si le projet est divisé en tâches distinctes et gérables. Cependant, elle peut entraîner des complications commerciales si cette condition n’est pas remplie.

Une alternative efficace est de diviser un grand projet en tâches plus petites, rapides et indépendantes, à répartir entre les développeurs. Par exemple, dans notre projet de rédaction de la documentation technique pour nos APIs, chaque développeur s’est vu attribuer deux routes à documenter par semaine. Cette approche a permis d’achever le projet sans perturber significativement les activités commerciales, tout en contribuant à la réalisation d’un objectif technique majeur à long terme.

La stratégie des “20% de temps technique” est populaire mais présente des défis. Elle implique que chaque membre de l’équipe consacre un jour par semaine à l’évolution technique. Cependant, cette méthode peut se heurter à deux écueils majeurs :

Dans notre expérience, cette stratégie n’est efficace que pour des projets clairement délimités, comme notre documentation d’API.

Pour les entreprises de taille suffisante, la solution la plus efficace est de dédier 20% de l’équipe de développement à l’évolution technique, formant ainsi une équipe spécifique, que nous appelons platform.

Cette équipe peut travailler sur une roadmap technique distincte, traitant des tâches de fond, longues ou complexes, sans entraver les priorités commerciales de l’entreprise. Elle a pour mission de soutenir le reste de l’équipe en créant un produit technique robuste et facile à utiliser pour les développeurs et autres membres de l’équipe produit.

Il est crucial que l’équipe platform reste en phase avec les réalités de l’entreprise. Elle ne doit pas se limiter à des considérations techniques pures, mais plutôt agir en tant qu’équipe de soutien, facilitant le travail des développeurs produit, designers, product managers, data analysts, etc. Une communication fluide et régulière entre les différentes équipes est indispensable pour s’assurer que l’équipe platform se concentre sur les problèmes pertinents.

Alors que nous contemplons l’avenir prometteur que nous construisons, il est crucial d’éviter de tomber dans une vision trop idéaliste et irréaliste. Il faut se rappeler que chaque frustration actuelle sera inévitablement remplacée par de nouvelles demain. Il n’y a pas de solution parfaite : chaque choix comporte ses avantages et ses inconvénients. Notre défi est de sélectionner consciemment les bénéfices que nous recherchons et les compromis que nous sommes prêts à accepter, en tenant compte de notre équipe, de notre entreprise et de ses objectifs à chaque étape de son évolution.

Le chemin vers la réalisation de votre vision est souvent plus long que prévu. Il est essentiel d’être patient et persévérant. Si vous parvenez à anticiper et à éviter proactivement les problèmes futurs, vous éviterez de vous retrouver acculé à des échéances techniques critiques. Cette approche vous offre la flexibilité nécessaire pour progresser à votre propre rythme.

N’oubliez pas que tant que vous suivez la voie vers votre objectif final, tout se passera bien, même si vous rencontrez des retards. L’important est de rester fidèle à votre trajectoire et de continuer à avancer, peu importe les obstacles rencontrés en cours de route.

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